Libreville, Vendredi 17 Juillet 2026 (Infos Gabon) – La lutte contre la corruption ne se résume jamais à des discours, des déclarations d’intention ou des opérations de communication. Elle se mesure à la capacité des institutions à produire
des règles, des méthodes, une jurisprudence et une culture de responsabilité capables de survivre aux alternances politiques.
En dévoilant officiellement quatre outils stratégiques destinés à structurer son action jusqu’en 2030, la Cour des comptes du Gabon envoie un signal fort à ses partenaires internationaux, aux investisseurs et aux citoyens : la gouvernance financière entre dans une nouvelle phase de maturité institutionnelle.
Réunis le 16 juillet à Libreville autour du premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, les représentants des plus hautes institutions de la République ont assisté à la présentation du Code d’éthique et de déontologie, du Plan stratégique 2026-2030, du Plan de formation des magistrats et du Recueil de jurisprudence des juridictions financières.
La présence du Vice-président du gouvernement Hermann Immongault, du ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions Jean-François Ndong Obiang, de la secrétaire générale de la Présidence Murielle Minkoué Mezui, du président de la Cour constitutionnelle Dieudonné Aba’a Owono, du bâtonnier Raymond Obame Sima ainsi que d’anciens responsables de la juridiction financière a donné à cette cérémonie une portée dépassant largement le cadre administratif.
Une nouvelle architecture du contrôle public
À travers ces quatre ouvrages, la Cour des comptes ne cherche pas uniquement à moderniser son fonctionnement interne. Elle ambitionne de redéfinir la place du contrôle financier dans la construction de l’État gabonais.
Le Code d’éthique et de déontologie fixe désormais les principes qui devront guider chaque magistrat dans l’exercice de ses responsabilités. Indépendance, impartialité, intégrité et responsabilité deviennent les piliers d’une juridiction appelée à jouer un rôle central dans la protection des finances publiques.
Le Recueil de jurisprudence rassemble quant à lui les décisions et avis les plus significatifs rendus par les juridictions financières. Il constitue une mémoire institutionnelle indispensable pour garantir la cohérence des décisions futures et renforcer la sécurité juridique des gestionnaires publics.
Le Plan stratégique 2026-2030 représente la véritable colonne vertébrale de cette transformation. Il fixe les priorités, les objectifs et les méthodes qui devront permettre à la Cour des comptes d’adapter ses missions aux nouvelles exigences de gouvernance publique.
Enfin, le Plan de formation traduit une conviction simple : aucune réforme institutionnelle durable ne peut réussir sans investissement massif dans les compétences humaines.
Le défi de la crédibilité internationale
Le contexte donne à cette initiative une importance particulière. Selon l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique, le Gabon occupe actuellement la trente-deuxième place sur cinquante-quatre pays africains avec un score global de 44,6 sur 100. Une position qui illustre les défis encore à relever mais qui ne doit pas masquer certaines avancées récentes.
Depuis 2023, le pays est passé du statut de candidat à celui de pays conforme aux exigences de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Une évolution significative pour une économie largement dépendante des ressources naturelles.
Dans un environnement international où les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance deviennent déterminants pour l’accès aux financements, la qualité des institutions de contrôle constitue désormais un facteur de compétitivité économique autant qu’un impératif démocratique.
La crédibilité budgétaire d’un État se construit aujourd’hui autant devant les agences de notation que devant ses propres citoyens.
L’heure des résultats
Pour Alex Euv Moutsiangou, ces outils répondent aux attentes des citoyens soucieux d’une utilisation rigoureuse des deniers publics, des administrations en quête de repères juridiques clairs, mais également du Parlement et du gouvernement qui attendent une expertise indépendante et un conseil éclairé.
L’enjeu dépasse donc la seule Cour des comptes. Il s’agit désormais de savoir si cette architecture institutionnelle produira des résultats visibles dans la gestion quotidienne des finances publiques, dans la qualité des politiques publiques et dans la confiance accordée aux institutions.
Car la véritable mesure du succès ne résidera pas dans la publication des textes mais dans leur application effective. La gouvernance moderne ne se décrète pas. Elle s’organise, se contrôle et se démontre.
Avec ces quatre instruments de référence, le Gabon vient de poser les fondations d’un contrôle financier plus exigeant. Reste désormais à transformer cette ambition institutionnelle en culture durable de responsabilité publique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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