Gabon | Audit des finances publiques : une double menace pour Libreville

La date limite pour le dépôt de deux audits sur les finances publiques arrive rapidement, ce qui fait trembler la capitale librevillienne à mi-juillet. D'un côté, le comité d'audit et de consolidation des passifs exigibles de l'État, créé il y a quelques jours par le ministre de l'économie Thierry Minko, doit livrer ses conclusions la semaine prochaine sur un stock de dette publique estimée à environ 8,7 milliards de francs CFA, soit entre 70 et 74 % du PIB.

De l'autre côté, la tâche-force sur la dette publique a documenté depuis six ans un système de surfacturations et de travaux fictifs qui contribuent en partie à l'explosion de la dette intérieure, celle-ci ayant été multipliée par sept entre 2020 et 2023 !

Cette convergence des calendriers des audits n’est pas un hasard. L’eurobond gabonais 2031 a connu sa plus forte baisse en un an il y a quelques mois, après que les projections du FMI ont évalué la dette publique à 85,5 % du PIB, au-dessus du plafond de la norme Cemac, qui est de 70 %. Parallèlement, le spread souverain gabonais a baissé de plus de 1 100 points de base en janvier 2026 à 689,60 points de base à mi-avril. Cette détente traduit un pari des marchés sur la trajectoire de transparence engagée par le gouvernement gabonais, plutôt qu’une validation de chiffres déjà connus.

Le rapport d'étape de la tâche-force chiffrait déjà il y a trois ans, un surcoût de 12 milliards de francs CFA sur les voiries de Libreville, 2,8 milliards de francs CFA de surfacturations sur la route Ndjolé-Médouneu, un dérapage de 47 % sur le stade d'Oyem. Ces montants, documentés, forment une part non négligeable du stock que l’audit actuel doit désormais qualifier et consolider.

Le point qui scrutent les investisseurs n’est donc pas seulement le chiffre final, mais ce qu’il en sera fait. On peut déjà s'attendre à une vague de poursuites judiciaires ciblant des décideurs sous le régime d’Ali Bongo. Libreville présente ces audits comme un préalable indispensable à l’assainissement des finances publiques et que leur issue conditionnera l’accès du pays aux financements concessionnels indispensables à son programme d’investissement.

La situation est tendue, et les investisseurs attendent avec impatience la conclusion de ces audits pour savoir ce qui sera fait de cette dette publique qui menace de déstabiliser l’économie gabonaise.